Contexte
L'administration, cette partie du produit que personne ne conçoit
Explorance vend plusieurs produits à de grandes organisations. Derrière chacun, il faut gérer des comptes, des droits, l'authentification, des réglages système, des tâches planifiées. Ce travail est indispensable et invisible, alors il se construit rarement avec un designer.
Chez Explorance, ces outils existaient déjà. Ils avaient été conçus par les équipes de développement, au fil des besoins, chacun de son côté.
Le problème
Des accès séparés, aucune unification
Un administrateur devait passer d'une interface à l'autre, avec des accès distincts, pour accomplir des tâches qui appartenaient au même travail. Rien ne garantissait qu'un réglage vu à un endroit correspondait à celui d'un autre outil. Chaque interface avait sa propre façon de nommer les mêmes objets.
La difficulté d'une refonte comme celle-là n'est pas de redessiner des écrans. C'est de reconstituer un modèle mental cohérent à partir d'outils qui ont chacun le leur.
Mon rôle
Seul designer sur un projet d'architecture
J'ai porté la conception de bout en bout, du modèle d'information jusqu'aux composants. La première partie du travail a été de comprendre ce que chaque outil existant faisait réellement, puis de décider ce qui devait cohabiter sous un même toit et sous quel nom.
- Architecture d'information : regroupement des domaines et vocabulaire commun
- Navigation latérale, avec son propre guide de style distinct des composants
- Guide de style de composants pour la console
- Déclinaison de chaque écran sur plusieurs largeurs
- Animations de contenu et transitions entre les vues
L'architecture
Neuf domaines sous une autorité centrale
La console rassemble la vue d'ensemble, la sécurité, l'authentification unique, la gestion des applications, les réglages système, le journal d'erreurs, la langue du système, la gestion du planificateur et les réglages de profil en écrasement.
La gestion des applications a demandé le plus de travail, parce qu'elle réunit à elle seule la configuration, les périodes d'essai, les journaux, l'accès aux produits et les quotas. Ce sont des écrans qu'on ne dessine que lorsqu'un produit est réellement en service et que les cas réels remontent.
La gestion des applications, la section la plus dense de la console.
Les pouvoirs d'exception
Concevoir les écrans qui peuvent tout casser
Une console d'administration contient des actions qu'un utilisateur normal ne devrait jamais pouvoir déclencher. Écraser les réglages d'un profil, purger des données, forcer un état système. Ce sont les écrans les plus risqués du produit et les moins souvent conçus.
Je les ai traités comme des parcours à part entière : dire clairement ce qui va se passer, à qui ça s'applique, et ce qui ne pourra pas être annulé. L'écran d'écrasement de profil porte un avertissement permanent plutôt qu'une simple confirmation, parce qu'une confirmation se clique sans se lire.
Décisions et compromis
Trois arbitrages
Un vocabulaire, pas neuf
Renommer des objets que les équipes appelaient différemment depuis des années. Impopulaire au départ, indispensable pour que la console tienne.
La navigation comme système à part
Un guide de style dédié à la navigation latérale, séparé de celui des composants, parce que c'est elle qui porte la cohérence de l'ensemble.
L'adaptatif dès la conception
Chaque écran décliné sur plusieurs largeurs plutôt que laissé à l'interprétation du développement.
Ne pas cacher la complexité
Un administrateur a besoin de voir l'état réel du système. La clarté passait par la hiérarchie, pas par la simplification.
Ce que j'en retiens
Unifier, c'est surtout se mettre d'accord sur les mots
La partie visible du projet était une refonte d'interface. La partie décisive a été de faire converger des équipes qui avaient chacune leur vocabulaire et leur modèle mental, hérités d'outils construits séparément.
Le numéro de version du fichier en dit long : onze itérations mineures après la première livraison. Une console d'administration n'est jamais terminée, elle suit les produits qu'elle administre.
La console a été livrée et mise en service. La mention en cours restée sur la couverture du fichier est un statut que personne n'a pris le temps de changer, ce qui est assez représentatif du sort réservé aux outils d'administration.